Il arrive qu'après une rupture, une trahison, une déception ou une profonde blessure, nous nous fassions une promesse.
« Plus jamais. »
Plus jamais je ne ferai confiance.
Plus jamais je ne m'attacherai autant.
Plus jamais je ne laisserai quelqu'un me faire souffrir.
Ces promesses naissent rarement dans la légèreté. Elles prennent forme au cœur d'une expérience douloureuse, lorsque la souffrance semble avoir pris toute la place. Elles deviennent une manière de se protéger, de reprendre un peu de contrôle sur ce qui nous échappe. Ceux qui nous entourent participent parfois à ces promesses. Il leur est difficile de nous voir souffrir. Alors ils nous disent : « Ne te laisse plus faire. » « Protège-toi. » « Tu mérites mieux. » Ces paroles sont souvent guidées par l'affection et le désir de nous préserver.
Avec le temps, pourtant, une question peut émerger.
À qui cette promesse est-elle réellement adressée ?
À nous-mêmes ?
À celui qui nous a blessés ?
Ou à cette souffrance dont nous espérons ne plus jamais faire l'expérience ?
Nous pensons souvent que cette promesse nous engage envers l'avenir. Pourtant, il est possible qu'elle nous relie davantage au passé. Sans nous en apercevoir, nous abordons parfois les situations nouvelles avec une décision prise un jour où nous souffrions encore. Ce n'est plus seulement la prudence qui nous accompagne, mais une manière d'être au monde façonnée par cette expérience.
Peu à peu, cette promesse cesse d'être un simple engagement. Elle devient une part de notre identité. Nous nous reconnaissons dans celui qui a dit : « Plus jamais. »
Alors, lorsque la vie nous invite de nouveau à faire confiance, à aimer ou simplement à nous ouvrir à une rencontre, une difficulté plus discrète apparaît. Ce n'est plus seulement la peur de souffrir qui est en jeu. C'est la crainte de nous trahir. Revenir sur cette promesse peut donner le sentiment de renier celui que nous étions lorsque nous avons tant souffert. Comme si cette décision était devenue la preuve de notre fidélité à nous-mêmes. Comme si l'abandonner revenait à nier ce que nous avions traversé.
Pourtant, la fidélité à soi ne consiste peut-être pas à rester fidèle à toutes les décisions prises dans la douleur. Elle consiste à reconnaître qu'elles ont eu leur raison d'être, qu'elles nous ont permis de traverser une épreuve, sans pour autant devoir continuer à orienter notre existence. Lorsque nous continuons à obéir à notre promesses alors que la vie a changé, celle-ci risque de devenir moins un refuge qu'une frontière. Nous croyons rester fidèles à nous-mêmes, alors que nous restons parfois fidèles à une ancienne souffrance.
Dans mon accompagnement, je propose un espace où il devient possible d'explorer ces promesses sans chercher à les condamner ni à les abandonner. À partir du ressenti, des émotions, des sensations corporelles et de ce qui émerge dans la rencontre, il devient parfois possible de reconnaître ce qui appartient à l'expérience présente et ce qui demeure guidé par une souffrance passée.
Certaines promesses nous ont aidés à traverser un moment de notre vie. Elles ont eu leur place. Mais il arrive qu'un jour, la question ne soit plus de savoir si nous devons continuer à les tenir. Elle devienne plutôt :
Que m'empêche aujourd'hui cette promesse de rencontrer ?